SEB – Confidences d’un passionné
Shades

Interview

SEB – Confidences d’un passionné

Propos recueillis par @Antoineng_ · Photos @Lou_bet · 6 min de lecture

Voilà plus de dix ans qu’il crée du contenu sur Internet avec la même envie qu’à ses débuts. C’est avec cette passion demeurée intacte que le natif de Périgueux, suivi par des millions d’abonnés, a accepté de faire la première couverture digitale de Shades. A cette occasion, SEB est revenu sur plus d'une décennie de Youtube, son quotidien intra-muros, la création de contenu et ses aspirations futures.

Shades : Tu as récemment sorti un documentaire TRENTE, et j’ai le sentiment que c’est ton projet le plus intime. Comment as-tu vécu la sortie d’un projet aussi personnel, qui plus est via le prisme du grand écran ?

SEB : Le cinéma, c’est une opportunité qui est tombée avec cette vidéo-là, ça n’a jamais été un objectif. A la base, c’était une vidéo qui devait sortir le jour de mes 30 ans. On était en retard, le truc n'a pas pu se faire. Youtube m’a proposé de faire une avant-première à Cannes et je leur ai dit why not. Je suis plutôt content de la façon dont ça a été accueilli, j’ai juste pas pu le défendre comme il le fallait à cause des contraintes de temps.

Shades : Tu avais fait d’autres expéditions par le passé, au Kirghizistan et en Papouasie notamment. Pourquoi avoir choisi la Polynésie pour une vidéo plus introspective ?

SEB : De base, j’étais parti faire un documentaire sur la Polynésie, et c’est à la suite du décès de mon oncle que j’ai décidé de faire un autre film, de placer ma vie au centre pour lui rendre hommage. C’est un concours de circonstances qui peut créer un décalage. C’est pas parfait mais c’est un choix que j’assume et qui a beaucoup de sens pour moi.

Shades : Tu t’attendais donc à certains avis plus polarisés du public ?

SEB : Je m’attendais à certaines critiques, c’est intéressant. Peut-être pas à ce point, mais au moins t'apprends de ça. J’accepte de faire des erreurs, le but c’est de pas les refaire.

« J’ai toujours voulu être un gars de l’ombre. »

SEB

Shades : Tu as réalisé plusieurs documentaires mais est-ce que tu en consommes ?

SEB : The Act of Killing de Joshua Oppenheimer, Tickled de David Farrier et Dylan Reeve… Notez tout ça, c’est très bien (rires). J’aime aussi beaucoup les docs à twist, les docs “accident”, comme Icare de Bryan Fogel et Dan Cogan. Sinon, d’autres un peu plus anciens comme Tarnation présenté à Cannes en 2004.

Shades : Quel regard portes-tu sur l’évolution du milieu créatif d’Internet ?

SEB : On est passé d’une course à la surenchère à une surabondance de projets en tout genre, et je comprends que la plupart des gens puissent en avoir marre. C’est une grosse machinerie dont je fais partie et qui doit péter pour repartir sur de bonnes bases. Je suis quasi persuadé que de cette crise ne resteront que les créatifs ayant de vrais trucs à proposer, et c’est peut-être pas plus mal.

Shades : Est-ce que cette saturation ne serait pas l’occasion de repenser sa façon de créer ?

SEB : Je pense que c’est utile, ça permet de réfléchir à comment changer les choses. Les gens du milieu ont peut-être la pudeur de l’admettre mais je pense qu’ils le conscientisent un peu plus.

Shades : Et toi, comment est-ce que tu te vois évoluer au milieu de tout ça ?

SEB : En tant que créatif, j’ai l’impression d’être passé par plein de périodes différentes, et d’avoir trouvé d’autres moyens de m’amuser créativement. J’ai envie d’approfondir la production audiovisuelle, j’ai toujours voulu être un gars de l’ombre.

Shades : Les influenceurs ont-ils encore le droit de se plaindre ?

SEB : Disons qu’à partir du moment où tu donnes tous les paramètres pour être pleinement compris, on t’en voudra pas. Si t’oublies la moitié des éléments parce que tu considères que ça ne regarde personne, alors on te mettra face à tes contradictions. Personnellement, j’ai toujours revendiqué faire le meilleur métier du monde. Lorsque je me plains de mon train de vie, je me plains des choix que j’ai faits, d’avoir choisi de me désorganiser de la sorte. C’est ma faute, pas celle de mon métier. Et c’est là où j’ai pu manquer de nuance dans mon documentaire, par exemple.

Être privilégié ne t’empêche pas de te plaindre, mais faut pas être indécent avec les privilèges que tu as. C’est une marque de respect envers ceux qui t’écoutent.

Shades : Parler de soi ou parler des autres, c’est quoi le plus dur ?

SEB : J’ai passé ma vie à raconter celle des autres, mais parler de soi, c’est un exercice beaucoup plus difficile. Avec ce documentaire, j’ai voulu faciliter mon discours sans rentrer dans les détails. Si j’avais voulu le rendre plus fort, j’aurais dû être transparent sur tout.

Shades : Te considères-tu comme quelqu’un de nostalgique ?

SEB : La nostalgie, quand ça te ramène à quelque chose que t’as aimé ou avec lequel tu t’es construit, c’est l’un des sentiments les plus agréables. Ça me fait penser à ce terme un peu nouveau de netstalgie pour parler des débuts d’internet.

Shades : Quel est le plus gros mythe que tu as déconstruit durant ta vingtaine ?

SEB : Je crois qu’on prend trop pour acquis que passé la vingtaine, les choses vont naturellement changer. Ça doit être des angoisses liées à la façon dont tu grandis. Pour l’heure, j’ai l’impression que rien n’a changé. En fait, j’ai juste l’impression d’être mieux.

Shades : Tu as quitté ton Périgord natal pour poursuivre ta passion dans la capitale. Après plus de dix ans passés ici, comment est-ce que tu perçois Paris ?

SEB : Paris, ça représentait un peu le truc inaccessible quand j’étais plus jeune. Aujourd’hui, pour développer ce que j’ai envie de faire, je pense que je suis au bon endroit. C’est clairement l’une des meilleures villes du monde… Même si j’y ferai pas toute ma vie (rires).

Shades : A quoi ressemble une journée type du SEB trentenaire ?

SEB : Maintenant j’ai des bureaux, on est une petite quinzaine dans ma boîte de prod. Ça me permet de taffer dans plein de projets différents à côté de ma chaîne Youtube, c’est ultra agréable et plaisant.

« Pars du principe que personne ne t’attend. »

SEB

Shades : Qu’est-ce que la mode représente pour toi ?

SEB : Je vois ça comme une extension de ta personnalité. La mienne est plutôt réservée et j’adore les vêtements qui incarnent ça. J’ai mis du temps à comprendre que la mode, c’était un art. Comprendre un vêtement, pourquoi il a été fait et par quoi il a été influencé, ça rend deux fois plus cool le fait de savoir ce que tu portes.

Shades : Tu as sorti un nouvel album Backpack en début d’année, ton deuxième projet musical après la mixtape Crashtest en 2021. Ton processus créatif a-t-il évolué depuis ?

SEB : Pour Backpack, j’ai un peu fait l’inverse de ce que je faisais d’habitude. J’écoutais pas de musique et je n'ai pas écrit en amont. On allait juste en studio avec des potes et on voyait ce qu’on faisait. On a fait un milliard de trucs qu’on a jetés. Je voulais juste m’amuser, ne pas juste capitaliser sur qui je suis. J’ai même pas l’envie de faire de concert.

Shades : Quel est le meilleur conseil qu’on t'ait donné ?

SEB : Pars du principe que personne ne t’attend. Quand bien même ce serait ton meilleur projet à tes yeux, tout le monde s’en tape. Et c’est pas grave ! Une fois que tu pars de ce principe, tu te sens plus libéré dans ta manière de faire les choses.

Shades : Comment est-ce qu’on garde l’envie de créer après autant de temps passé sur Youtube ?

SEB : Je sais pas trop, j’ai juste tout le temps envie de faire des trucs. J’ai plein de petites idées, et il y a plus de choses que je ne fais pas que de choses que je fais. Sinon, je me ferais chier à mort, on va pas se mentir (rires).

Shades : Est-ce qu’il y a un domaine que tu aimerais explorer davantage durant ta trentaine ?

SEB : L’écriture, beaucoup plus. Les mots, je trouve ça encore plus fort que les images. J’aimerais bien écrire de la fiction un jour, c’est sûrement l’une des choses que j’ai le plus envie d’explorer ces derniers temps.

Shades : Jusqu’à présent, quelle est ta plus grande fierté ?

SEB : De jamais être sorti de ce que je sais faire et de ce que j’aime faire. Je sais déjà où est ma place, j’essaye juste de la garder tout en faisant de nouvelles choses.

Crédits
Photographe / Directeur artistique : @Lou_bet
Journaliste : @Antoineng_
Styliste : @Annesophiedafonseca
Setdesign : @Louisonleama
Assistante setdesign : @Paillette_k
Light design : @Pierre.daschier
Digitech : @Quentinaussant
MUA : @igclaura
Hair stylist : @hair_by_k
Design cover : @doriantxra
Assistante : @danianahad
BTS : @louietlavue
Mobilier : @Treaptyque @germain
Lieux : @Lesalonstudio
Rédacteur en chef : @alvaromena_34
Produit par Shades

Merci à @leicacamerafrance, @theledecompany_europe, @dlx, @prada, @spreadtheword_communication

Look 1
• Polo John Smedley
• Gilet Desigual
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Look 4
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Look 5
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